La politique d’immigration affecte de nombreux membres de l’Église adventiste aux États-Unis
14 Janvier 2026 | Debbie Michel, Lake Union Herald
Lors de n’importe quelle matinée de sabbat dans l’Union des Grands Lacs, aux États Unis, on peut entendre les accents d’adoration en espagnol, en ukrainien, en créole haïtien, en birman ou en anglais, avec des voix s’élevant dans la louange venant de familles qui se sont établies dans le Midwest américain. Mais au cours des derniers mois, un autre son a rempli les bancs : une incertitude silencieuse et persistante.
Au cœur de cette perturbation il y a une mosaïque de politiques d’immigration changeantes qui affectent des centaines de milliers de personnes à travers les États-Unis, dont beaucoup sont membres de l’Église adventiste. Certains attendent que le gouvernement se prononce sur le sort des programmes humanitaires qui leur permettaient autrefois de travailler. D’autres se demandent combien de temps ils pourront conserver leur emploi, ou si un rendez-vous manqué pourrait entraîner une visite à leur domicile. Quelques-uns ont déjà commencé à faire leurs valises.

Les églises haïtiennes se sont remplies d’immigrants fuyant la précarité économique et la violence politique. [Photo : Christa McConnell]
« Chaque jour, nos membres se réveillent avec la même question, » a dit Vitalii Hanulich, pasteur de l’église ukrainienne de Chicago, dans la Fédération de l’Illinois. « Dois-je attendre ? Dois-je partir ? Personne ne sait ce que l’avenir nous réserve. » Presque tous ses membres bénéficient d’un statut protégé qui est à la fois temporaire et conditionnel (TPS), de dispositifs précaires qui ont expiré pour certains et, pour d’autres comme Vitalii Hanulich, d’un sursis jusqu’à fin 2026.
Ils ne sont pas les seuls. Le TPS, un programme d’immigration accordé aux personnes qui ne peuvent pas retourner en toute sécurité dans leur pays d’origine, protège actuellement plus d’un million de personnes. Cinq pays représentent les groupes les plus importants : le Venezuela, Haïti, le Salvador, l’Ukraine et le Honduras. Pour de nombreux membres qui fréquentent l’église, cette protection est temporaire et fragile.
L’Union des Grands Lacs compte plus de 90000 membres, dont des milliers qui appartiennent à ces catégories ou qui vivent avec des proches qui y appartiennent. Leurs expériences sont très diverses. La plupart des communautés font état de perturbations importantes, surtout si leurs membres sont sans papiers ou si leur statut de protection temporaire a expiré. Pourtant, quel que soit leur statut, les églises doivent désormais adapter leur ministère dans un contexte où l’incertitude juridique influence discrètement le quotidien.
Ce qui suit est un portrait de la situation actuelle, tiré de longs entretiens avec les cinq directeurs multiculturels hispaniques de l’Union des Grands Lacs, trois pasteurs et un membre d’église.
Perturbations dans le ministère dans toute l’union
Dans l’ouest du Michigan, Richard Perez a vu un groupe d’étude biblique florissant s’effondrer du jour au lendemain. Dix ouvriers agricoles se préparaient au baptême. Richard Perez, un pasteur, a expliqué qu’un groupe de fermiers arrivait le samedi matin et, au lieu de participer à l’école du sabbat, ils se réunissait dans la chapelle pour des études bibliques. « Ils invitaient aussi d’autres personnes à l’église, » a-t-il ajouté.

Des coordinateurs hispaniques des fédérations de l’Illinois, de l’Indiana, du Michigan et du Wisconsin rencontrent Carmelo Mercado (à droite), vice-président en charge des Ministères Multiculturels de l’Union des Grand Lacs, lors de la rencontre de fin d’année de L’Union des Grands Lacs. [Photo : Katie Fellows]
« En une seule semaine, tout le groupe a disparu, » a dit pasteur Perez. « Certains ont déménagé dans d’autres états. D’autres se sont cachés. D’autres encore ont cessé de répondre au téléphone. Nous avons perdu la moitié de nos membres. »
Daniele Spinosa, à Ann Arbor et à Detroit, a observé des phénomènes similaires. Des familles qui remplissaient autrefois les bancs de l’église assistent désormais aux offices depuis chez elles. D’autres, craignant des contrôles routiers ou des vérifications sur leur lieu de travail, sont retournées dans leur pays d’origine. Plusieurs qui se préparaient au baptême ont tout simplement disparu. « C’est décourageant pour l’église, » a dit Daniele Spinosa, un pasteur.
Une église perd son dirigeant
Dans le Wisconsin, la perturbation causée est vraiment critique. Le coordinateur hispanique, Evelio Miranda, a raconté l’histoire d’un responsable d’une église en pleine croissance dans une zone rurale du nord-ouest de l’état. La congrégation, qui avait débuté par des études bibliques à domicile, était devenue un petit groupe dynamique se réunissant chaque semaine.
Celui qui avait implanté l’église vivait aux États-Unis depuis onze ans et travaillait comme charpentier, construisant des abris de jardin. Il subvenait fidèlement aux besoins de sa famille et de sa congrégation locale. Lorsque la police l’a contacté au sujet d’une ancienne contravention, il s’est rendu au commissariat de son plein gré, pensant qu’il s’agirait d’une simple formalité.
« À son arrivée, au lieu de l’interroger à propos de la contravention, ils l’ont placé en garde à vue, » a dit Evelio Miranda.
Ce membre attend désormais son expulsion. Sa femme et ses enfants sont dévastés. Il est sans papiers, mais deux de leurs enfants sont citoyens américains. La famille se prépare à l’éventualité d’un retour ensemble au Mexique afin de ne pas être séparée.
Cette congrégation a perdu non seulement son responsable, mais aussi son centre spirituel. Les membres sont dans la peine. La fréquentation a beaucoup diminué. L’avenir du groupe est incertain.

Lors du congrès hispanique en juillet 2024, les participants n’étaient pas aussi nombreux que lors des années précédentes, et les organisateurs attribuent cela à la décision de nombreux participants d’éviter de s’exposer à des contrôles routiers. [Photo : Lake Union Herald]
À Chicago, ville ciblée par les raids menés contre les immigrants, les perturbations sont constantes. Eva Cruz, membre de longue date de l’église hispanique du Sud et membre du Comité Exécutif de L’Union des Grands Lacs, constate que la peur influence les pratiques quotidiennes. Son église se situe au carrefour de plusieurs quartiers d’immigrants et attire des membres de Pilsen, de Cicero, de Little Village et du quartier hispanique de Chicago.
Une famille qu’elle connaît ne sort plus de chez elle. « Il y a un couple de personnes âgées qui ont décidé de se barricader dans leur appartement. Ils ne sortent pas. Leurs enfants leur apportent à manger car ils ont trop peur de sortir seuls. »
Les communautés haïtiennes secouées
Dans l’Indiana, l’incertitude a secoué des communautés entières. Les adventistes haïtiens ont été profondément bouleversés par l’annonce du gouvernement indiquant que le TPS pour les haïtiens prendrait fin le 3 février.
Eddie Allen, directeur des Ministères Multiculturels de la Région des Grands Lacs, qui soutient les églises haïtiennes dans l’Indiana, a raconté qu’un groupe avait planifié une cérémonie d’organisation. C’était censé être une célébration. Les dirigeants l’ont finalement reportée.
Lorsque le programme a finalement eu lieu des mois plus tard, il a décrit ce qu’il a vu : « La peur se lisait dans leurs yeux et sur leurs visages. Il y avait même des guetteurs, des petits enfants qui regardaient par la porte, quelqu’un assis dans une voiture qui observait. C’était triste, » a-t-il dit avec mélancolie.
Noel Ojeda, directeur des Ministères Multiculturels de l’Indiana, entend des récits similaires. « Les membres envisagent de déménager au Canada ou dans d’autres pays, » a-t-il déclaré. « Ils ne veulent pas se retrouver dans une situation où ils ne peuvent ni rester ni revenir en toute sécurité. »
Les États-Unis ont émis une recommandation invitant à Ne Pas se Rendre en Haïti en raison des enlèvements, des troubles civils, des violences et de l’accès limité aux soins de santé. Ce sont précisément ces mêmes dangers qui ont justement poussé de nombreuses familles à fuir le pays.

Eva Cruz, membre des comités exécutifs de la Fédération de l’Illinois et de L’Union des Grands Lacs, a exprimé sa reconnaissance pour la déclaration de L’Union des Grands Lacs sur l’immigration lors de la rencontre de l’union le 19 novembre. [Photo : Katie Fellows]
Les perturbations ne se limitent pas aux congrégations hispanophones ou francophones. Les églises ukrainiennes, les groupes birmans et les congrégations caribéennes ressentent également la pression.
Vitalii Hanulich a indiqué que la fréquentation ukrainienne dans la congrégation dont il est le pasteur a diminué de 10 pour cent. Les dons ont diminué car certains membres ont perdu leur emploi, les employeurs hésitant à garder des employés dont les permis de travail pourraient expirer. Quatre familles sont déjà retournées en Europe. Beaucoup d’autres sont en train d’évaluer leurs options.
« Nous avons des enfants qui commençaient à s’épanouir ici, » a dit Vitalii Hanulich. « Des familles qui reconstruisaient leur vie. Maintenant, tout est à nouveau incertain. »
Une période difficile
Dans toute la région de l’Union des Grands Lacs, les coordinateurs des Ministères Multiculturels décrivent cette période comme l’une des plus difficiles qu’ils n’aient jamais connues. Ils passent leurs journées à conseiller les familles, à répondre aux appels urgents, à mettre les membres en relation avec des avocats, à prier avec les congrégations et à soutenir les pasteurs qui se sentent dépassés.
Eddie Allen œuvre dans le ministère depuis quatre décennies. « C’est la période la plus éprouvante que je n’aie jamais vécue, » a-t-il déclaré. « Le stress, l’anxiété, l’incertitude sont bien réels, » a-t-il ajouté. « Les gens se sentent vulnérables. »
Nilton Garcia, coordinateur des Ministères Hispaniques de la Fédération du Michigan, partage ces mêmes sentiments. Il ne s’agit pas de simples histoires lointaines relayées par les médias au sujet de personnes rassemblées en vue d’être expulsées, a-t-il expliqué. « Ce sont des membres de nos propres églises. »
Un appel à l’action
Eva Cruz affirme que cette rhétorique agressive a alimenté des traitements inhumains envers les immigrants et a poussé de nombreux hispaniques à se cacher. « Avec ce type de discours, on a l’impression que vous êtes un criminel et donc que vous méritez d’être traité comme quelqu’un de moins que rien. »
Elle estime que l’Église doit retrouver sa clarté morale. « Il n’y a pas de crime à être ici sans papiers, » a-t-elle déclaré. « Nous devons défendre ce qui est juste et dénoncer les traitements inhumains dont sont victimes certaines personnes. » Pour Eva Cruz, la question n’est pas politique, mais spirituelle. « Nous sommes appelés à être les mains et les pieds de Jésus, » a-t-elle affirmé de manière emphatique.
Traduction: Patrick Luciathe