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La photo de Sarah Lindsey a été partagée publiquement pour la première fois lors du congrès des pasteurs CALLED.

Le 28 juin 2022 | Lexington, Kentucky, États-Unis | Michael W. Campbell, département des actualités de la Division nord-américaine

L’historien d’expérience et professeur de l’Université Andrews Brian E. Strayer était connu pour offrir en classe une récompense de 100 dollars américains à l’étudiant qui trouverait une photographie de Sarah Lindsey (1832-1914), la première femme adventiste du septième jour à obtenir l’autorisation de pratiquer le ministère pastoral.

Je n’étais qu’un étudiant de premier cycle à l’époque, et j’étais en classe pour étudier la pédagogie autant que pour absorber toutes les connaissances sur le passé de ce maître enseignant. Ses cours provocateurs faisaient réfléchir et il ne craignait pas de souligner les contributions des pionnières adventistes, d’où le défi de combler cette lacune visuelle de notre histoire adventiste.

Et ce défi en est demeuré un jusqu’à ce qu’une photo soit récemment découverte dans la collection de George I. Butler à l’Université de Loma Linda, un portrait de « Sœur Lindsey »1. George I. Butler (1834-1918) a été président de la Conférence générale de 1871 à 1874, puis à nouveau de 1880 à 1888; et l’Université de Loma Linda a en sa possession un album photo de famille contenant principalement des épreuves à l’albumine des premiers dirigeants de l’Église adventiste et de leur famille. Ces photos, surtout des cartes de visite (un type populaire de photos que l’on échangeait entre amis à l’époque), ont rapidement été identifiées, quoiqu’à ce jour, ce travail demeure inachevé.

Par un processus minutieux en consultation avec un groupe d’historiens adventistes éminents, d’autres possibilités ont été considérées pour l’identification de la personne sur cette photo, mais elles ont été éliminées. Par exemple, il y avait une « Sarah Lindsay » (dont le nom de famille s’écrivait avec un « a »), mais de laquelle nous avions déjà une photo, alors nous savons que ce n’était pas elle. Il y avait aussi deux Lindsey plus jeunes qui auraient eu environ la moitié de son âge, voire moins, mais la photo semble être celle d’une dame d’une soixantaine d’années, et elle, ainsi que les autres, semble essentiellement dater de la fin des années 1880 ou du début des années 1890. De plus, des recherches généalogiques démontrent qu’il n’y avait pas non plus, dans sa famille, d’autres femmes qui portaient ce nom.2

C’est ainsi que les chances qu’il s’agisse bien d’une photo de la personne qui nous échappait deviennent excellentes, car le pasteur Butler aurait effectivement connu et échangé avec les Lindsey en tant que président de l’Église lors de diverses réunions! Aussi, grâce à la technologie, la photo historique a été colorisée à l’aide d’algorithmes numériques afin d’obtenir la vraie « couleur » de ce trésor. Des remerciements particuliers vont à Rhonda Dinwiddie pour son aide.

Mais qui était cette pionnière adventiste?

Sarah est née le 14 avril 1832 de Noah (1812-1894) et Hannah Hallock (1813-1895). Son grand-père paternel avait participé à la guerre anglo-américaine de 1812 et ses parents avaient déménagé à Ulysses, en Pennsylvanie, où elle est née. Elle était issue d’une fervente famille baptiste du septième jour et a fréquenté l’Université Alfred en 1851-52).3

Des années plus tard, l’adventisme est arrivé dans sa région par une visite de John N. Andrews et d’Hiram Edson vers 1851.4 À l’été de 1857, R. F. Cottrell a présenté une campagne d’évangélisation à Ulysses, où il a baptisé quatre personnes, dont possiblement Sarah, pour leur « conviction profonde de la vérité ». Le 11 décembre 1857, elle a envoyé son premier message au rédacteur en chef de l’Advent Review and Sabbath Herald concernant sa nouvelle foi : « Je suis reconnaissante… que la lumière de son glorieux Évangile illumine maintenant ce cœur ignare qu’était le mien. »5

Vers la fin de 1859, Sarah a répondu à un défi lancé aux femmes « dont le cœur manquait de consécration » et donc, qui hésitaient à prêcher. Au début des années 1860, elle a répondu en demandant au rédacteur en chef de résoudre le problème biblique selon lequel il était préférable pour les femmes de garder le silence dans l’église alors que dans d’autres endroits de la Bible, elles sont encouragées à prêcher l’Évangile.6 Ainsi, même avant de se marier, il semble évident qu’elle désirait servir au sein du ministère pastoral.

Le 16 juillet 1861, Sarah a épousé John Lindsey (1821-1881), un veuf issu du mouvement millérite et qui avait été baptisé par Joseph Bates en 1846. Il avait précédemment été marié à Esther (1818-1860), tragiquement décédée de la tuberculose. Ils avaient une fille de onze ans, Mary Ellen (1849-1880).7 John et Esther avaient vécu à Waukon, en Iowa (1856), puis avaient déménagé à Round Grove, en Illinois, et en 1859, ils s’étaient rendus au Wisconsin et au Minnesota. Après la mort de sa femme, John a déménagé pour se joindre à l’église adventiste du septième jour (avant le nom officiel) d’Ulysses, en Pennsylvanie, où il pratiquait le métier d’horloger. C’est sans aucun doute à cet endroit et à cette époque qu’il a également rencontré Sarah; elle avait une décennie de moins que lui et devait déborder d’énergie. Bien que peu du début de leur vie à deux soit documentée, elle était active dans leur église locale et avait de plus en plus d’influence dans la région. Ils ont également eu une fille, Katherine, en 1862.

En 1867, Sarah a contracté la diphtérie ainsi que la typhoïde et a failli mourir, mais en 1868, il semble qu’elle avait déjà entamé un ministère public plus actif. Puis elle a passé les 30 années suivantes à mettre des églises sur pied dans les États de New York et de la Pennsylvanie. L’apostasie stupéfiante de Nathan Fuller à l’été 1869 a contribué à la nécessité que des gens comme John et Sarah travaillent en étroite collaboration au ministère et offrent une stabilité à la cause adventiste. De plus, Sarah, ayant solidement grandi dans la foi baptiste du septième jour, est allée, avec son mari, représenter les adventistes du septième jour à la session de la Conférence générale des baptistes du septième jour de 1870, ce qui témoigne de la confiance que leur portait l’Église adventiste grâce à leur leadership et à leur diplomatie.

Les années 1871 et 1872 ont été particulièrement importantes pour Sarah, car elle y a mené plusieurs campagnes d’évangélisation. Le couple voyageait souvent ensemble et travaillait en équipe, mais Sarah semble avoir été la prédicatrice la plus visible des deux. Le 9 août 1871, elle a reçu une autorisation (ou créance) pastorale de la Fédération de New York et de la Pennsylvanie.8 Elle est reconnue comme étant la première femme de l’histoire adventiste à en avoir reçu une, même s’il est important de mentionner que, durant ces années formatrices, de telles créances n’étaient pas systématiquement émises.

Le 5 octobre 1871, durant une campagne d’évangélisation à Beaver Dams, dans l’État de New York, Sarah sollicitait l’attention des résidents en même temps que le cirque de Barnum et Bailey, qui s’est présenté à la foire du comté à Corning, à environ seize kilomètres. Apparemment, elle attirait des foules plus nombreuses que le cirque!9 À une autre occasion, John et Sarah ont tenu une campagne d’évangélisation à Woodhull, New York, où « plusieurs » ont soigneusement étudié les croyances adventistes. Malgré certaines difficultés, ils ont cru que le Saint-Esprit « y était à l’œuvre ». Il est à noter que Sarah a parfois offert des discours à des funérailles, un rôle qu’on aurait pu croire réservé à son mari.10

Tout au long des années 1870, John et Sarah sont demeurés actifs dans le ministère. Après 1872, le couple a fait de Beaver Dams leur résidence principale, d’où ils ont fait de petits voyages de prédication. Les 17 et 18 juin 1876, ils ont tenu des réunions de district à Wellsville, New York. Ils ont chacun à leur tour reçu des autorisations au ministère pastoral et de colportage lors de diverses sessions de fédération. En 1880, Sarah était membre de l’église de Wellsville et de l’association de l’école du sabbat de la Pennsylvanie.11Tragiquement, le 11 octobre 1881, John est décédé d’un « cancer du foie ». Dans sa notice nécrologique, il était reconnu « comme l’un des pionniers de notre cause », remontant au mouvement millérite. Malgré sa mort, Sarah est demeurée active dans le ministère. Un journal a rapporté qu’en 1883, elle a fait une présentation sur la tempérance à North Bingham, New York, qui a été qualifié de « très intéressante et instructive ». Aussi, après la mort de son mari, elle a fait de Wellsville sa résidence principale et y est demeurée jusqu’à la fin de sa vie.

Le 29 décembre 1914, Sarah est décédée et a été enterrée sur la terre familiale des Hallock dans une tombe non identifiée à Ulysses, en Pennsylvanie.

Ce couple de pionniers intrépides a travaillé ensemble, et tant avant qu’après la mort de son mari, Sarah a démontré un fort intérêt pour l’évangélisation. Elle était une défenseuse très convaincante de la foi adventiste, qu’elle a partagée largement, menant de nouveaux croyants à Christ, érigeant des églises, rivalisant même avec un cirque et offrant des présentations sur la tempérance en tant que première pasteure autorisée de l’histoire adventiste du septième jour.

La photo de Sarah Lindsey a été partagée publiquement pour la première fois par George R. Knight le 19 juin 2022 lors de la réunion d’ouverture du congrès CALLED pour les pasteurs et leur famille tenu à Lexington, au Kentucky. Dans une série d’esquisses biographiques sous le thème « Nous nous tenons sur leurs épaules », M. Knight a raconté comment, à l’époque de l’apostasie de Nathan Fuller, Sarah est devenue la « principale prédicatrice » de l’État de New York et de l’ouest de la Pennsylvanie « ayant sauvé cette fédération ». « Son mari était un prédicateur doué, a-t-il ajouté, mais elle était encore plus talentueuse, et il a eu l’intelligence de le reconnaître. Il faut un vrai homme pour laisser sa femme l’éclipser en public. »

« Je suis ravi de voir cette photo de Sarah Lindsey enfin émerger des pages poussiéreuses de l’album du pasteur Butler, s’est exclamé le professeur Strayer! Puisse sa carrière prolifique en tant que première femme pasteure autorisée de notre Église en inspirer d’autres à suivre son exemple. »


  1. La photographie fait partie de la collection numérique de la bibliothèque de l’Université de Loma Linda, et seuls ceux qui ont un accès universitaire peuvent la voir au https://cdm.llu.edu/digital/collection/sdahpfa/id/325/rec/19.
  2. D’après Denis Fortin, qui a effectué des recherches approfondies sur la famille Butler en préparation pour la biographie à venir de George I. Butler, aucun parent n’existe avec ce nom, éliminant une autre possibilité. (Courriel personnel de Denis Fortin à l’auteur.)
  3. Ces détails biographiques sont accessibles sur le site ancestry.com, qui requiert une inscription pour se connecter : http://www.ancestry.com/family-tree/tools/tree/181911285/invitees/accept?inviteId=dc66c9ad-3830-4a10-9f4f-9381dc621c26.
  4. John Lindsey et S. A. H. Lindsey, « Pennsylvania », Advent Review and Sabbath Herald, 9 mai 1871, 166.
  5. « From Sister Hallock », Advent Review and Sabbath Herald, 31 décembre 1857, 63.
  6. Sarah A. Hallock, « A Query.—Bro. Smith », Advent Review and Sabbath Herald, 12 janvier 1860, 64.
  7. Milton Hook, dans son article publié dans l’Encyclopedia of Seventh-day Adventists, a supposé à tort que John et Esther ont eu deux enfants. Cela est dû à une information généalogique erronée. Pour comparer les sources, voir « Lindsey, Sarah A. Hallock (1832–1914) ».
  8. « Tenth Annual Report of the N. Y. and Pa. Conference », Advent Review and Sabbath Herald, 12 septembre 1871, 102.
  9. Circus Historical Society, « P. T. Barnum’s Circus Routes 1871-1880 », http://www.classic.circushistory.org/Routes/PTB1871.htm; John Lindsey et S. A. H. Lindsey, « New York and Pennsylvania », Advent Review and Sabbath Herald, 7 novembre 1871, 166.
  10. Notices nécrologiques. Review and Herald, 27 octobre 1874, 143.
  11. Voir The Youth’s Instructor, 8 décembre 1880, 215.

La version originale de cet article a été publié sur le site d’actualités de la Division nord-américaine.

Traduction : Marie-Michèle Robitaille

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