Mots-clés les plus recherchés

Pratiquer le ministère de la réconciliation dans un monde post-chrétien.

14 juin 2026 | Portland, Oregon, États-Unis | Kevin Wilson pour Adventist Review

வணக்கம்! இது உங்களுக்குப் புரியவில்லை என்றால், நீங்கள்தான் பிரச்சனை..

Il serait plutôt étrange que je poursuive le reste de cet article en tamoul, ma langue maternelle. Mais je serais impressionné si vous compreniez la phrase ci-dessus, qui se traduit approximativement par : « Salut ! Si vous ne comprenez pas ceci, alors, c’est vous le problème. »

Pourtant, cette idée préconçue – à savoir que c’est la faute de l’auditeur s’il ne comprend pas – sous-tend subtilement la manière dont les chrétiens bien intentionnés, communiquent l’évangile aujourd’hui.

Trop souvent, nous attendons des non-chrétiens, ou même des non-adventistes, qu’ils acceptent l’évangile simplement parce que nous leur avons présenté « une lecture claire » de la Parole de Dieu, sans que nous nous souciions véritablement de la façon dont cette vérité est entendue, interprétée ou reçue émotionnellement. C’est un peu comme si j’expliquais les principes fondamentaux de l’hindouisme en tamoul et que j’étais déçu(e) que vous ne deveniez pas immédiatement un fidèle de Vishnu.

[Photo: Unsplash.com]

Le journaliste et auteur de best-seller, William H. Whyte, a un jour fait l’observation suivante : « Le grand ennemi de la communication, nous le constatons, est l’illusion qu’elle a eu lieu. » [1] Ses paroles résonnent de plus en plus comme une prophétie à notre époque polarisée, post-chrétienne et saturée de numérique.

Un public inattendu

J’ai toujours apprécié l’art et la science de la création de contenu numérique. A la fin de l’année 2019, sous l’impulsion bienveillante de quelques jeunes de mon ministère local d’étudiants, j’ai commencé à publier du contenu, des méditations chrétiennes sur TikTok, une application des réseaux sociaux proposant des vidéos courtes et dont la popularité explosait. Mes analyses récentes suggèrent qu’environ 75 pour cent des personnes qui réagissent à mon contenu ne sont probablement pas adventistes, et que vraisemblablement une part importante d’entre elles ne se considère pas du tout comme chrétienne. À travers d’innombrables commentaires et messages privés, j’ai compris que beaucoup d’entre elles se sentiraient profondément mal à l’aise à l’idée de franchir les portes d’une église adventiste locale. Certains portent des blessures liées à des expériences passées au sein de l’église. D’autres ne connaissent pas l’adventisme. D’autres encore font preuve de scepticisme envers les religions organisées dans leur ensemble.

Et pourtant, les gens continuent de réagir. Ils écoutent. Ils posent des questions. Ils partagent leurs histoires. Ils bataillent avec certaines idées. Cette communauté inattendue m’a obligé à reconsidérer mes idées préconçues sur l’évangélisation, le ministère et ce que signifie réellement avoir de l’attention pour les « autres. »

Le ministère de la réconciliation

S’adressant à une communauté politiquement, théologiquement et culturellement diverse, Paul propose une vision radicale de la vocation chrétienne :

« Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. Et tout cela vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par Christ, et qui nous a donné le ministère de la réconciliation. Car Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, en n’imputant point aux hommes leurs offenses, et il a mis en nous la parole de la réconciliation. Nous faisons donc les fonctions d’ambassadeurs pour Christ, comme si Dieu exhortait par nous; nous vous en supplions au nom de Christ: Soyez réconciliés avec Dieu! Celui qui n’a point connu le péché, il l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. » (2 Corinthiens 5: 17-21)

Que signifie être un « ministre de la réconciliation » à une époque où l’on ne peut plus considérer nos croyances adventistes comme étant la norme ? Comment mieux nous positionner comme ambassadeurs du Christ, dans les espaces en ligne ou lorsque nous ne sommes pas connectés ? Dans mon parcours de partage de courtes vidéos parlant de l’évangile auprès d’un public diversifié, j’ai rencontré d’autres créateurs engagés dans une démarche religieuse qui, eux aussi, ont entretenu des communautés multiconfessionnelles dynamiques en ligne sans compromettre leurs convictions.

Voici trois changements de paradigme que nous essayons d’intégrer à notre stratégie de contenu et qui, je l’espère, pourront vous être utiles dans vos tentatives de présenter l’évangile aux autres, en particulier à ceux qui ne partagent pas vos croyances ou votre vision du monde.

Privilégier le lien à la conversion

Ma stratégie pour ce qui est du contenu, donne la priorité à la confiance plutôt qu’à la viralité. Je suis moins préoccupé par le fait de devenir viral et plus intéressé par le fait de construire une relation et d’établir la confiance avec ma communauté. Pour ce faire, je partage des récits tirés de ma vie, de mon ministère et de ma culture, afin de recréer une atmosphère « de salon » propice au partage d’idées. Je structure mes vidéos comme des paraboles qui contiennent des pépites d’encouragement biblique – et moins comme des « bombes de vérité » qui communiquent directement des points de vue théologiques par la logique et le raisonnement, et davantage comme des « bombes à retardement » qui finissent par « imploser » sous forme de prises de conscience silencieuses chez l’auditeur. Cette approche avait déjà été éprouvée par Jésus il y a des siècles, lorsqu’il présentait les principes du Royaume sous la forme de paraboles, communiquant l’évangile de manière indirecte et subversive tout en établissant directement la confiance et le lien avec ses auditeurs.

Une grande partie de notre philosophie actuelle de l’évangélisation repose sur l’idée que transmettre la bonne information mènera naturellement à la transformation adéquate. Dans ce schéma, le lien relationnel est souvent relégué au second plan, comme un complément ou un catalyseur pour la réception de la doctrine, au lieu d’être le principal mode de communication théologique. À une époque sécularisée, marquée par la contestation des croyances, le ministre de la réconciliation aurait intérêt à privilégier l’établissement de liens de confiance et de connexion plutôt que de simplement instrumentaliser l’évangile à des fins de prosélytisme.

En réalité, nous courons le risque de dénaturer le sens de « l’évangélisation » en la confondant avec le « prosélytisme » ou la « conversion. » Le premier est une communication particulière et contextuelle de la bonne nouvelle par un ambassadeur du Christ, tandis que la seconde est pleinement et indubitablement l’œuvre du Saint-Esprit dans la vie de celui qui est attiré vers le Christ (1 Corinthiens 3:6-8). Bien des angoisses et des insécurités peuvent être évitées lorsque nous choisissons de faire uniquement ce que nous pouvons faire – créer des liens, aimer et entretenir de bonnes relations – tout en invitant Dieu, dans la prière, à faire ce que Dieu seul peut faire : transformer des vies.

Trop d’adventistes sont tellement « chrétiens » qu’ils en oublient d’être « humains. » Nous avons tendance à trop nous focaliser sur le fait de prononcer les paroles « adventistes » et d’accomplir les actions « adventistes. » Nous oublions souvent que nous partageons une humanité commune avec les personnes que nous cherchons à atteindre. Lorsque nous reconnaissons, dans le contexte de l’amitié, que nous avons plus de points communs que de différences, cela nous permet de mettre l’accent sur la création de passerelles plutôt que de considérer les « autres » comme des ennemis ou des « projets » qu’il faudrait sauver à travers nos modes de pensée et de vie.

« Le Sauveur se mêlait [aux gens,] pour leur faire du bien, » écrivait Ellen G. White. « Il leur témoignant sa sympathie, les soulageant et gagnant leur confiance. Puis il leur disait : “Suivez-moi. » [2] Un ministère authentique et désintéressé, axé sur la satisfaction des besoins ressentis, précédait l’invitation à l’évangile.

C’est pourquoi je crois qu’une valeur fondamentale de toute stratégie d’évangélisation numérique visant à atteindre les personnes non chrétiennes et issues des sociétés sécularisées doit d’abord donner la priorité à la satisfaction des besoins immédiats, manifestes et ressentis de ce public. Cela permet d’établir la confiance et crée la réceptivité intérieure nécessaire à l’évangile.

Je gagne le droit de parler de Jésus lorsque je gagne la confiance en me mettant au service des gens dans mon domaine d’expertise. Cependant, si je présente mon service comme une condition préalable à toute communication évangélique, mes abonnés non chrétiens pourraient percevoir cela comme de la mauvaise foi, voire de « la malhonnêteté, » ce qui, bien souvent, entrave le ministère.

Les chrétiens en général, et les chrétiens adventistes en particulier, devraient être ceux qui tissent les liens les plus profonds et les plus authentiques avec les autres, précisément parce que nous reconnaissons que nous aussi, nous étions autrefois loin de Dieu et que sa grâce nous a rapprochés de lui.

Privilégier la création à la consommation

À propos de l’utilisation de l’art dans l’évangélisation, l’artiste et théologien japonais Makoto Fujimura fait la distinction entre ce qu’il appelle une « théologie de plomberie » et une théologie de la « création » : la première est une utilisation utilitaire, et souvent abusive, des médias pour communiquer l’évangile, tandis que la seconde est une approche de création artisanale de l’art qui fait honneur à la fois au moyen et au message. Cette posture, suggère Makoto Fujimura, est cohérente avec l’identité chrétienne de « nouvelle créature » en Christ (voir 2 Corinthiens 5:17)[3] Pour les ministres adventistes de la réconciliation, lorsque la créativité intentionnelle rencontre une mentalité axée sur l’évangile, l’excellence devient évangélisation.

Pourtant, le temps et l’énergie qui pourraient être consacrés à la création sont massivement investis dans la consommation. Selon des données récentes, près de 65 pour cent de la population mondiale utilise les réseaux sociaux, avec une durée d’utilisation moyenne de 143 minutes par jour.[4] Sur environ 5,2 milliards d’utilisateurs des réseaux sociaux dans le monde, seuls 200 à 250 millions créent activement du contenu, soit environ 4 à 5 pour cent des utilisateurs.[5] Ce constat est à la fois significatif et alarmant, surtout si l’on considère que l’économie des créateurs – actuellement évaluée à un montant entre 250 et 300 milliards de dollars et qui devrait doubler au cours de la prochaine décennie – est portée par moins de 1 pour cent de créateurs qui façonnent la culture des plateformes à grande échelle.[6] Cela signifie que près de 95 pour cent des gens consomment principalement du contenu produit par une infime fraction d’utilisateurs. Je me demande ce qui se passerait si davantage de disciples du Christ adoptaient une mentalité de créateur pour ce qui est de la communication de l’évangile, plutôt qu’une attitude passive et consommatrice.

L’auteur américain James Baldwin a écrit que « le véritable but de l’art est de mettre à nu les questions qui sont cachées par les réponses. »[7] Lorsque j’adopte une approche de créateur d’art dans le ministère en ligne, en contextualisant soigneusement l’évangile d’une façon qui soit pertinente pour mon public, cela suscite la curiosité et ouvre la voie au dialogue et à des échanges constructifs. La création de contenu centré sur l’évangile et porteur d’espérance constitue l’art et la science du rapprochement de l’histoire d’une personne en Christ. En embrassant ma double identité d’être humain et de ministre de la réconciliation, j’aime à croire que chaque contenu que je crée porte la bonne odeur du Christ, se mêle à l’histoire que Dieu écrit dans ma vie et crée un climat propice pour que les autres découvrent son amour.

Lorsque vous privilégiez la création à la consommation, votre créativité développe votre théologie et votre théologie, à son tour, approfondit votre créativité. Une approche exploratoire de la foi peut inspirer de nouvelles façons de penser à propos de Dieu et conduire à des manières plus convaincantes d’exprimer des vérités connues.

Privilégier la curiosité à la condamnation.

De nombreux créateurs de contenu chrétiens, animés de bonnes intentions, dans leur zèle à vouloir défendre la vérité biblique, oublient que la correction n’est pas un droit religieux, mais un privilège relationnel. Une stratégie courante pour ce qui est du contenu, consiste aujourd’hui à répondre publiquement aux prétendus faux chrétiens et à les condamner. Ce type de contenu fonctionne souvent bien, attirant l’attention, les « j’aime » et les partages, et consolide l’influence de son créateur.

Ce que certains chrétiens perçoivent comme une défense de la vérité est cependant souvent vécu par ceux qui regardent comme étant une attitude théâtrale, gênante, voire profondément incohérente avec la méthode du Christ. Nombre de créateurs chrétiens ne réalisent pas que, dans un monde en constante évolution, le chemin le plus court vers la perte de pertinence est de répondre de manière obsessionnelle à des questions que le monde ne se pose pas. Un défi majeur pour le ministre de la réconciliation est donc de trouver des moyens novateurs et créatifs d’aider les autres à s’intéresser aux choses qui nous tiennent à cœur.

Une approche qui s’est avérée efficace pour construire des ponts consiste à considérer toute personne qui réagit à mon contenu comme un être créé à l’image de Dieu – une personne dotée de dignité, de valeur et de la capacité d’aimer, quelles que soient ses croyances. Lorsque je considère « l’autre » comme une personne à découvrir plutôt qu’à exploiter, cela renforce la vérité selon laquelle les gens ne peuvent être réduits à des statistiques sur les baptêmes, des chiffres dans les rapports d’évangélisation ou des cases à cocher sur les listes de prière. Non, les gens sont des êtres complexes avec des histoires complexes qui façonnent leurs croyances et leurs comportements. Ils demandent de la curiosité, et pas du contrôle, comme attitude relationnelle primordiale.

Si le Christ lui-même a réconcilié « le monde avec lui-même, en n’imputant pas aux hommes leurs offenses » (2 Corinthiens 5.19), et qu’il n’y a donc maintenant « aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ » (Romains 8.1), à combien plus forte raison les chrétiens adventistes devraient-ils privilégier la curiosité à la condamnation dans notre manière de communiquer l’évangile ?

Si Jésus est véritablement « le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14,6), et si nous aspirons sérieusement à faire en sorte que le royaume ait un impact, nous ne pouvons nous permettre d’être experts en « vérité » sans incarner le « chemin. »

L’évangile dans une langue audible pour les gens

Selon les estimations actuelles, on compte environ 24 millions d’adventistes du septième jour dans le monde.[8] Sur une population mondiale d’environ 8,27 milliards d’habitants, cela représente approximativement 0,29 pourcent.

Si 98,7 pour cent de la population mondiale parlait tamoul, pourquoi insister pour communiquer exclusivement en anglais ? Pourquoi s’attendre à ce qu’ils me répondent en anglais ? Si l’immense majorité de la population mondiale n’a pas entendu le message adventiste de manière adéquate– ou l’a entendu mais a été rebutée par la manière dont il a été communiqué – alors exercer le ministère de la réconciliation exige de nous que nous reconsidérions et révisions la manière dont nous contextualisons l’évangile afin qu’il soit compréhensible, cohérent et attrayant. Peut-être qu’un meilleur test pour évaluer ceux qui communiquent l’évangile n’est pas simplement son impact sur les croyants, mais aussi son utilité pour les non-croyants. Si votre expression de l’évangile n’a de sens que pour ceux qui pensent comme vous, qui vous ressemblent, qui agissent comme vous, qui croient comme vous ou votent comme vous, alors cet évangile est peut-être trop petit, ou trop contraint culturellement pour accomplir sa mission.

Lorsque je partage des récits de mon expérience vécue en tant que mari, pasteur et disciple du Christ, sans la pression de « convertir » mes auditeurs, peut-être que cela aussi est le ministère. L’évangélisation consiste peut-être simplement à être présent là où Dieu s’est déjà manifesté par le Saint-Esprit.

Alors, qu’y a-t-il dans votre « coupe » ? Quelles expériences, épreuves, sagesse et leçons pouvez-vous partager sans attacher des conditions à votre compassion ? Comment pouvez-vous contextualiser l’évangile de telle sorte qu’il se répande dans vos cercles d’influence comme « la bonne odeur de Christ » (voir 2 Corinthiens 2.15) ?

Je soupire après le jour où, nous serons réunis sur la nouvelle terre, autour de la table du Christ, vivant une communion avec des personnes que nous n’avons jamais rencontrées de ce côté-ci de l’éternité – et qui pourtant sont là, en partie, grâce à votre fidèle ministère de la réconciliation, marqué par le lien, la création et la curiosité, le tout enraciné dans l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ.


[1] William H. Whyte, “Is Anybody Listening?” Fortune, 1950.

[2] Ellen G. White, Le Ministère de la Guérison, p. 118.

[3] Makoto Fujimura, Art and Faith: A Theology of Making (New Haven, Conn.: Yale University Press, 2021), p. 29.

[4] Broadband Search, “2025 Social Media Facts & Stats,” last modified October 2025, https://www.broadbandsearch.net/blog/social-media-facts-statistics.

[5] DataReportal, Digital 2026: Global Overview Report, October 2025, https://datareportal.com/reports/digital-2026-global-overview-report.

[6] Ibid.

[7] James Baldwin, “The Creative Process,” in Creative America (Ridge Press, 1962).

[8] North American Division of Seventh-day Adventists, Press Inquiries, https://www.nadadventist.org/press/.

 

Kevin Wilson est pasteur adjoint à l’église adventiste du septième jour de Sunnyside à Portland, dans l’Oregon. Il est le fondateur de la Digital Story Academy et de Cross Culture Chai, de Cross Culture Tours, et est l’auteur de « The Way of Chai, une réflexion sur la foi, la culture et l’art du bien vivre. Retrouvez-le sur le site www.crossculturekev.com.

Traduction: Patrick Luciathe