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L’identité, les motifs et l’érosion subtile de la valeur que nous avons en Dieu.

Le 29 avril 2026 | Silver Spring, Maryland, États-Unis | Jeremy Hall pour Adventist Review

L’orgueil et la question de la valeur

L’orgueil peut être un ennemi caché. Il peut se faufiler en nous de manières que nous ne reconnaissons pas toujours tangiblement.

Un énoncé dans la leçon [de l’école du sabbat] de cette semaine m’a particulièrement sauté aux yeux : « … l’orgueil naît du désir de démontrer que notre vie a de la valeur. » En tant qu’administrateur scolaire et thérapeute clinique, je trouve cette observation aussi fascinante que troublante. Si je désire montrer que ma vie a de la valeur, est-ce que je ne pars pas déjà d’une situation déficitaire? Si je me sens forcé de prouver ma valeur, c’est sans doute que je ne crois pas à son existence intrinsèque.

Les Écritures présentent pourtant un tout autre point de départ : 

« C’est toi qui a formé mes reins, 

Qui m’as tissé dans le sein de ma mère…

Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. »

(Psaumes 139.13, 14, LSG)

Si Dieu nous a tissés avant même que nous ne soyons capables de réalisations ou d’échecs, alors notre valeur a été établie avant que nous ne puissions faire quoi que ce soit de bien — ou de mal. Le péché, par contre, nous sépare de Dieu et brouille notre capacité de comprendre la valeur qu’il a établie quand il nous a créés. Adam et Ève ont péché puis sont allés se cacher. Dieu est ensuite parti à leur recherche. Pourquoi donc? Parce qu’il avait et a toujours une solution au péché, et parce que le pécheur est profondément précieux à ses yeux! Si nous n’avions plus de valeur après le péché, alors pourquoi Dieu serait-il parti après Adam et Ève pour leur annoncer le remède à leur grave erreur? Et il n’a jamais cessé de nous chercher.

« Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (Luc 19.10)

Mais qu’est-ce que tout cela a à voir avec l’orgueil? Allons voir plus loin.

La culpabilité, l’auto-dépréciation et la fausse humilité

J’ai parlé avec beaucoup de personnes qui sont accablés par la culpabilité liée à des erreurs du passé et par l’impression profondément ancrée en eux d’être « insuffisants ». Au fil du temps, cela peut évoluer et se transformer en auto-flagellation et en auto-dépréciation chronique. Leurs attentes envers eux-mêmes diminuent et ils en viennent parfois à accepter des standards malsains en amitié et en amour, ne croyant pas mériter mieux. D’autres fois, ils tombent dans un schéma de bonnes œuvres, croyant qu’elles leur redonnera de la valeur en tant qu’êtres humains. Parfois, nous devenons fiers d’avoir « restauré » notre valeur, laquelle était, à nos yeux, dans un piètre état. Notre expérience chrétienne devient ainsi semblable à un échange commercial. Pire encore, les malheurs et les erreurs des autres nous réconfortent, parce que nous nous lançons dans une analyse comparative orgueilleuse, nous disant qu’« au moins, nous n’avons pas fait cette chose terrible qu’a fait notre voisin ».

Pourtant, les Écritures sont claires à ce sujet : il n’y a rien que nous puissions faire pour nous « restaurer » nous-mêmes, si ce n’est confesser, nous repentir et accepter la justice de Christ. La seule façon d’échapper à la condamnation est d’être en Christ : 

« Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. » (Romains 8.1)

Notre valeur, notre existence en soi, ne peut être augmentée par nos bons comportements ou diminuée par nos échecs. Étant donné que nous sommes des êtres créés par la main de Dieu, notre valeur est intrinsèque. Rien de ce que nous faisons ne peut l’augmenter et rien de ce que nous faisons ne peut la diminuer. Nos efforts orgueilleux, donc, ne sont preuve d’aucune force, qu’une douce contradiction à la valeur que Dieu a déjà placée en nous.

Les motifs, les réalisations et le piège de la reconnaissance

Quand nous tentons de nous définir nous-mêmes par les réalisations ou la reconnaissance, nous tombons dans ce que nous pourrions appeler le « piège de la reconnaissance »; c’est-à-dire le fait d’accorder de la valeur à ce que les réussites font pour nous plutôt qu’à ce que Dieu souhaite faire à travers nous. Il s’agit, à la fin, d’une question de motif : pourquoi nous faisons ce que nous faisons, disons ce que nous disons et cherchons ce que nous cherchons.

La culture occidentale renforce ce piège avec un langage qui encourage l’orgueil axé sur soi : « Soyez fiers de ce que vous faites » ou « Vous devriez être fiers de vous ». Bien qu’il vise souvent l’encouragement, un tel langage peut tranquillement s’attacher à notre identité de louange. Avec le temps, la reconnaissance nous revigore alors que son absence nous ronge.

Les Écritures offrent heureusement une correction : 

« Tout ce que vous faites, faites-le de bon cœur, comme pour le Seigneur et non pour des hommes… » (Colossiens 3.23, LSG)

Quand la reconnaissance devient la motivation, la comparaison suit inévitablement, et la comparaison engendre doucement l’insatisfaction, la jalousie et l’orgueil blessé.

J’ai récemment écouté l’entrevue d’un acteur célèbre par un journaliste. L’acteur disait apprécier, 99,9 % du temps, la célébrité et le fait de se faire reconnaître. Il aime entendre les gens dire qu’ils l’aiment, il aime être reconnu et entendre des choses positives à son sujet. Un jour, il a engagé une maquilleuse pour qu’elle le rende méconnaissable. Puis il a passé la journée à se balader dans un marché bien connu de Los Angeles, et personne ne l’a reconnu. Il a dit ne pas avoir aimé cette expérience, préférant être célèbre et reconnu. Essentiellement, cela signifie que son identité est fondée sur la valeur que lui accorde l’extérieur plutôt qu’à celle qu’il possède intrinsèquement.

En tant que peuple de Dieu, nous devons être conscients de ce qui motive nos actions. Faisons-nous de bonnes œuvres en quête de la reconnaissance des autres, particulièrement celle des gens de notre communauté chrétienne, ou nos bonnes œuvres sont-elles la conséquence naturelle d’une relation personnelle sincère avec Jésus? Le danger, quand les motifs proviennent du mauvais endroit, c’est de tomber dans le piège dévorant de l’analyse comparative. Nous commençons à passer trop de temps à comparer nos réalisations, et les applaudissements qui les accompagnent, avec celles des gens qui nous entourent.

Et plus malheureux encore, nous risquons d’être jaloux de leur statut et, comme Lucifer, de devenir insatisfaits. Nous commençons à poser des questions telles que, « Pourquoi cette personne a-t-elle obtenu ce poste? » ou « Je crois que je suis tout aussi qualifié.e qu’elle. » Peut-être qu’un ami s’est dit étonné que nous n’ayons pas obtenu le poste. Ou peut-être avons-nous l’orgueil blessé parce que nous n’avons pas été invités à une réunion de haut niveau de planification confidentielle alors que d’autres, que nous percevons comme étant « moins qualifiés » y étaient. À l’inverse, si nous sommes nommés ou invités à servir au sein d’un comité spécial, peut-être en sommes-nous dangereusement fiers, nous croyant importants ou sages, recherchés pour ce que nous avons à offrir plutôt que pour ce que Dieu veut faire à travers nous dans le rôle que nous occupons, quel qu’il soit.

Le grand danger spirituel de l’orgueil

Vers le milieu de la leçon de mercredi, nous arrivons à un énoncé inspiré qui fait énormément réfléchir. Voici ce qu’a déjà écrit Ellen White : 

« Rien n’est plus offensant pour Dieu, plus dangereux pour l’âme humaine que l’orgueil et l’autosuffisance[*]. »

Je ne crois pas que Dieu déteste ce péché davantage parce qu’il est la pire agression contre lui personnellement, ou simplement parce qu’il s’agissait du péché qui a jeté Lucifer hors du ciel. Je crois que Dieu le déteste particulièrement parce qu’il porte l’énorme risque de la perdition éternelle de ses enfants. Pourquoi donc? Parce que l’orgueil est une vision fausse, une sorte de réalité virtuelle en 8K qui nous empêche de voir qui nous sommes réellement et d’avoir une vision claire de qui est Dieu. Il s’agit du défaut fatidique, et je crois qu’il se trouve à la base de tous les péchés. C’est l’identité trop étirée, et souvent, le risque est invisible tandis que les conséquences sont très amères.

Je suis reconnaissant que, ce trimestre, le guide d’étude de l’école du sabbat ait mis de l’avant un sujet aussi important. Puissions-nous passer du temps avec Dieu chaque jour afin de mieux comprendre que nous ne sommes jamais moins que ce qu’il a prévu pour nous, et certainement jamais plus que ce pour quoi nous avons été créés.

« Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles. » (Jacques 4.6, LSG)

Traduction : Marie-Michèle Robitaille


[*] Ellen G. White, Les paraboles de Jésus, Éditions S.D.T., 1977, p. 128.

Jeremy Hall est directeur du département de l’Éducation de la Fédération du Michigan. Au cours des 25 dernières années, il a occupé divers postes relatifs à l’éducation adventiste, y compris ceux de doyen des garçons, aumônier de campus et enseignant de religion en plus d’avoir été directeur d’école et surintendant de l’éducation. Il possède également une maîtrise en psychologie clinique.